Les robots, des amis sympas ou des tueurs d’emplois?

Personne ne peut nier que les robots nous facilitent le travail et la vie. Avec le développement de l’intelligence artificielle, ils sont même devenus des compagnons indispensables, jusque dans nos loisirs. Sous cet angle-là, un robot, c’est sympa, ça fait le boulot en nous procurant moins de fatigue ou plus de temps libre. 

La robotisation de la société pourrait pourtant avoir des conséquences moins réjouissantes.  L’étude de deux chercheurs de l’Université d’Oxford lançait déjà l’alerte en 2013. Elle montrait que 47% des emplois américains étaient exposés à être remplacés par des robots ou de l’intelligence artificielle d’ici à 2033, c’est-à-dire dans 15 ans. 47% de tous les emplois mais, par exemple, jusqu’à 99% des jobs de caissières ou de courtiers d’assurance

Bien entendu, de nombreuses nouvelles professions sont susceptibles d’apparaître avec le développement des nouvelles technologies, de l’informatique à la biotechnologie, et de se substituer sur le marché de l’emploi aux métiers remplacés par des robots.

Mais il y a plusieurs risques. Le premier risque, c’est que les nouveaux emplois ne soient pas aussi nombreux que les anciens. Le deuxième problème, c’est que ces nouveaux emplois exigeront davantage de créativité et de flexibilité que de nombreux  emplois actuels. Même si les caissières et les caissiers ont la possibilité de se former à un autre emploi, il n’est pas certain que la quarantaine venue, ils en aient tous vraiment l’envie et la force psychologique. Surtout si, au rythme de l’évolution actuelle, c’est pour devoir se réinventer une nouvelle fois dix ans plus tard.

Yuval Noah Harari, l’auteur de plusieurs récents bestsellers, le souligne dans son livre «Homo Deus, une brève histoire du futur». Au XXIe siècle, écrit-il, nous pourrions bien assister à la formation d’une nouvelle classe massive de chômeurs: des gens déclassés, qui se sentiraient inutiles, sans aucune valeur économique ou politique reconnue. Il ne s’agirait pas de quelques dizaines de milliers de personnes mais d’un phénomène de masse, d’une masse de gens qui seraient inemployés parce qu’ils seraient inemployables. 

Dans cette perspective, ce n’est pas seulement l’avenir de nos assurances sociales qui est en jeu, mais l’avenir même du lien social et de la démocratie. Nous devons donc agir à temps pour faire face à ce nouveau défi. Non seulement la formation de tous les salariés doit être adaptée à la transition numérique mais celle de tous les élèves doit être repensée pour les confronter directement au développement d’outils numériques. Comme le disait récemment le journal Le Monde, nous avons besoin «d’acteurs maîtrisant ces technologies, et pas d’esclaves de ces technologies.» A nous d’y veiller.

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans 24 heures du 21 décembre 2018      

Vendredi 21 décembre 2018