L’agence de presse ProtestInfo, créée par les Églises protestantes de Suisse romande, vise à «diffuser une information libre et loyale, ouverte sur le monde et soucieuse des particularités régionales romandes sur les questions religieuses, éthiques et sociales de notre temps». La charte rédactionnelle précise que l’indépendance est une condition essentielle de l’activité des journalistes, laquelle doit toutefois s’inscrire dans une solidarité lucide avec les Églises protestantes, l’éditeur veillant à garantir cette indépendance contre toute pression.
À l’automne dernier, deux journalistes travaillant pour ProtestInfo ont été congédiés alors qu’ils enquêtaient sur la gestion institutionnelle d’abus sexuels présumés visant un théologien.
Le 14 novembre 2025, le Conseil fédéral a eu connaissance d’une alerte publiée sur la Plateforme pour la sécurité des journalistes, un outil du Conseil de l’Europe, concernant le licenciement de ces deux journalistes.
Trois mois plus tard, le 12 février 2026, le Conseil fédéral a réagi à cette alerte en publiant une réponse rédigée par l’Office fédéral de la communication (OFCOM).
Dans cette réponse, après avoir longuement souligné son soutien à la liberté de l’information et à l’indépendance nécessaire des journalistes pour la garantir, l’OFCOM affirme pouvoir ne rien dire et ne rien faire.
1. Les deux journalistes licenciés enquêtaient sur des cas d’abus sexuels impliquant potentiellement un théologien. L’OFCOM ne devrait-il pas déposer plainte - ou faire en sorte qu’une plainte soit déposée - afin d’éclaircir cette affaire désormais publique dès lors qu’une potentielle infraction de nature sexuelle est en cause?
2. Le licenciement de ces deux journalistes n’étant justifié ni par un défaut de compétence ni par une faute professionnelle, l’OFCOM estime-t-il que l’argument avancé par l’éditeur du «désaccord éditorial» dans une affaire potentiellement grave est suffisant pour justifier un renvoi pour «rupture de confiance»?
3. L’autorité fédérale peut-elle se désintéresser d’une affaire potentielle d’abus sexuels alors que ces abus ont trop souvent fait l’objet d’une omerta systématique, notamment au sein de l’Église catholique ou dans le cadre de l’affaire Epstein?